CHOEUR.
Gais pêcheurs, quittons ce rivage,
Le soleil luit, les vents sont bons;
Et les flots, tout bas, à la plage
Semblent redire nos chansons.
PIFÉAR, entrant.
Zéphoris! Zéphoris! c'est ton ami fidèle,
C'est ton Piféar qui t'appelle.
Ne le voyez-vous pas?
LES HOMMES.
Non, non.
PIFÉAR, aux femmes.
Ni vous non plus?
LES FEMMES.
Non, non.
PIFÉAR.
O Brahma! quel guignon!
LE CHOEUR.
Viens, viens sans lui.
PIFÉAR.
Sans lui, c'est impossible.
LE CHOEUR.
Mais pourquoi? mais pourquoi?
PIFÉAR.
Il ne peut pas pêcher sans moi.
TOUS.
Ah! l'histoire est risible!
Mais pourquoi? mais pourquoi?
PIFÉAR.
Écoutez-moi.
Zéphoris est bon camarade,
Mais c'est un pêcheur fort mauvais;
Sans moi, les poissons de la rade
Ne craindraient guères ses filets.
Comme il ne cherche, sur ces bords,
Que perles fines et trésors,
Et que le reste il le rejette
Chaque fois que son filet sort;
Quand à le vider il s'apprête
Je remplis le mien sans effort.
Voilà pourquoi bis
Il ne peut pas ... pêcher sans moi.
Zéphoris, malgré son visage,
A grand besoin de mon appui;
Sans moi, les filles du village
A sa barbe riraient de lui.
Que de belles, complaisamment,
Lui tendent un minois charmant!
Mais Zéphoris est sans malice,
Les amours lui sont inconnus;
Et sans moi, qui fais son office,
Tous ces baisers seraient perdus!
Voilà pourquoi bis
Il ne peut pas ... aimer sans moi.
LE CHOEUR.
Gais pêcheurs, etc., etc.
PIFÉAR.
Quel contre-temps! voilà Zizel,
Le surveillant de cette côte;
Il est dur, injuste et cruel,
Et de nous rançonner il ne se fait pas faute.
LE CHOEUR.
Partons sans bruit, partons, partons.
ZIZEL.
Halte-là! mes petits moutons!
Avant d'aller pêcher, il vous faut me répondre,
Et chacun à son tour ... Piféar, mon ami!
PIFÉAR, voulant s'esquiver.
Le mouton voudrait bien ne pas se laisser tondre.
ZIZEL, le ramenant.
Piféar, viens ici;
D'un délit condamnable
Tu dois être coupable.
PIFÉAR.
Moi! je jure qu'il n'en est rien!
ZIZEL.
Tu ne l'as pas commis encor, peut-être bien;
Mais tu le commettras bientôt, donc, à l'amende.
PIFÉAR.
Mais, quel délit? je le demande.
ZIZEL.
A l'amende! à l'amende!
Ou sinon,
En prison.
PIFÉAR, payant.
J'aime encor mieux l'amende,
Mais pourtant
Je suis bien innocent.
ZIZEL, à une femme.
D'un délit condamnable
Tu dois être coupable.
Ne me réplique rien,
Ce que je dis, je le sais bien.
A l'amende! à l'amende!
LA FEMME.
Ah! votre erreur est grande.
ZIZEL.
A l'amende! à l'amende!
ZIZEL, à Zélide, qui cause avec Piféar, son futur.
A votre tour, petite; approchez.
ZÉLIDE.
J'ai bien peur!
ZIZEL, l'amenant de force sur le devant de la scène.
D'un délit condamnable. ...
ZÉPHORIS, entrant avec précipitation.
Arrêtez
TOUS.
Zéphoris!
ZÉPHORIS, se plaçant entre sa sœur et Zizel, et repoussant celui-si.
Vieillard, sur mon honneur!
S'il est une chose coupable,
C'est le trafic honteux auquel vous vous livrez.
ZIZEL.
Jeune imprudent, vous ignorez
Ce que pourrait contre vous ma colère.
ZÉLIDE.
Ah! pitié pour mon frère!
Ne soyez pas sourd à mes cris.
Pitié pour Zéphoris.
ZÉPHORIS.
N'implore pas, cesse de craindre,
Son courroux ne saurait m'atteindre:
Peut-on traiter avec rigueur
Le frère qui défend sa sœur?
ZIZEL.
Quand tout doit trembler et me craindre,
Un téméraire ose se plaindre.
La loi me donne par bonheur
De quoi seconder ma fureur!
PIFÉAR ET LES PÊCHEURS.
Pour Zéphoris que faut-il craindre?
La loi va-t-elle donc l'atteindre?
Peut-on traiter avec rigueur
Le frère qui défend sa sœur?
ZÉLIDE.
Ah! mon trouble ne peut se peindre.
La loi, mon frère, va t'atteindre!
Tu vas essuyer sa rigueur
Pour avoir protégé ta sœur.
ZIZEL, à Zéphoris.
Tu vas à la prison me suivre de ce pas.
TOUS.
Quoi! la prison! ... Ah! ne l'y menez pas!
ZÉLIDE, à Zizel.
Mon doux seigneur, je vous le jure,
Si contre vous mon frère s'emporta,
Ce n'était pas pour vous faire une injure,
Il est trop poli pour cela.
ZIZEL. A ses acolytes.
Un instant! un instant! Pour remplir mon office,
Je dois à la justice,
Avant qu'on le punisse,
D'écouter ses raisons.
CHOEUR.
Gais pêcheurs, quittons ce rivage,
Le soleil luit, les vents sont bons,
Et les flots, tout bas, à la plage,
Semblent redire nos chansons.
Allons pêcher, partons! partons!
ZÉPHORIS.
Demeure, Piféar, j'ai à te parler.
PIFÉAR.
A moi?
ZÉPHORIS.
Et à toi aussi, ma sœur.
ZÉLIDE.
Que peux-tu avoir à me dire?
ZÉPHORIS.
Tu baisses les yeux, tu rougis! ... Petite sœur, vous savez de quoi je veux vous entretenir.
PIFÉAR.
Moi, je n'ai pas rougi, je n'ai baissé aucun œil, moi; j'ignore de quoi tu veux nous entretenir, moi.
ZÉPHORIS.
Eh bien! je vais tout t'apprendre; mon garçon, tu n'es pas beau ...
PIFÉAR.
Il y a des bossus qui sont plus laids que moi.
ZÉLIDE.
Certainement.
ZÉPHORIS.
Tu n'as pas grand esprit ...
PIFÉAR.
Il y a des imbéciles qui sont plus bêtes que moi.
ZÉLIDE.
Sans doute.
ZÉPHORIS.
Tu manques de courage ...
PIFÉAR.
Il y a des poltrons qui ... Ah çà! mais, si c'est là tout ce que tu as à m'apprendre ...
ZÉPHORIS.
Non ... j'en veux venir à ceci: que tout laid, tout bête et tout poltron que tu es ...
PIFÉAR.
Merci!
ZÉLIDE.
Mon frère ...
ZÉPHORIS.
Il y a cependant une belle et bonne fille qui a la folie de t'aimer.
PIFÉAR.
Tu appelles ça de la folie? ... Mais c'est du goût, c'est du goût!
ZÉPHORIS.
Enfin, comme toutes les faiblesses du cœur me paraissent excusables, à moi, dont le cœur parle plus
haut que la raison, dis un mot et je te donne sa main.
PIFÉAR, très-joyeux.
Sa main! A moi! ... Tu me donnes sa main! sa main! Changeant de ton. Et avec
quoi dedans?
ZÉPHORIS.
Comment?
ZÉLIDE.
Avec quoi?
PIFÉAR.
Pardon ... je me suis trompé, je veux dire: avec combien dedans?
ZÉLIDE, pleurant.
Oh! c'est affreux!
ZÉPHORIS, avec indignation.
Oh! Piféar!
PIFÉAR.
Qu'est-ce que vous avez? Est-ce que c'est pour moi que je demande ça? ... Pour moi! par exemple! ...
C'est pour eux.
ZÉPHORIS ET ZÉLIDE.
Pour eux? ...
PIFÉAR.
Oui, pour les trois ou quatre petits que nous aurons d'abord, les cinq ou six qui viendront après, et
... la suite, ensuite. Ah! dame! mon grand-père en a eu douze, mon père en a eu quatorze, et je suis perdu de
réputation si je ne vais pas à dix-sept.
ZÉPHORIS, avec colère.
Enfin!
PIFÉAR.
Enfin, il faut bien que je m'occupe de leur avenir, à ces chers petits ... à venir. Car je les aime, je
les chéris; je les ... Et vous, ma femme future, est-ce que vous ne les aimez pas, nos futurs petits?
ZÉLIDE.
Mais ...
ZÉPHORIS.
Bref, tu veux savoir ce que nous avons d'argent ... Eh bien, adresse-toi à Zélide, moi je n'en sais
rien; c'est elle qui tient le trésor.
PIFÉAR.
Ah! c'est elle qui ... Nous disons donc, Zélide, que nous avons? ...
ZÉLIDE, baissant les yeux.
Nous n'avons rien.
ZÉPHORIS, étonné.
Rien?
PIFÉAR.
Ce n'est guères ...
ZÉPHORIS.
Rien, Zélide? Et ce que nous a laissé notre père?
ZÉLIDE.
Jusqu'ici, j'ai gardé le silence, de peur de t'affliger, mon frère; mais aujourd'hui, je ne veux
tromper personne, et il faut bien que je te dise la vérité.
ZÉPHORIS.
Parle.
ZÉLIDE.
Depuis longtemps, mon ami, ta pêche est malheureuse, je te vois rentrer au logis, si triste, si abattu,
que je n'ai pas le courage de t'adresser le moindre mot de reproche, et je vais prendre une à une, pour nous faire
vivre, ces pièces de monnaie que notre père avait amassées pour nous.
ZÉPHORIS, avec force.
Pour toi, Zélide! pour te faire une dot! ... Et tout est épuisé? ...
ZÉLIDE.
Tout!
ZÉPHORIS.
Oh! pardonne-moi, sœur, pardonne-moi.
ZÉLIDE.
Ce n'est pas ta faute si le poisson ne se prend pas dans tes filets.
PIFÉAR.
Le poisson! mais il s'y précipite, au contraire, dans ses filets; seulement, Zéphoris le rejette.
ZÉLIDE.
Se peut-il?
PIFÉAR.
Il dédaigne le merlan, il méprise la limande, il rejette à l'eau les turbots ... les plus beaux ...
ZÉLIDE.
Serait-il vrai?
PIFÉAR.
Ce qu'il demande à la mer ce sont de jolis coraux, c'est un banc de perles fines ... il est fou, enfin.
ZÉLIDE.
Assez, assez! Allant lentement à Zéphoris qui se tient la tête baissée et lui prenant la main.
Frère! elle est donc bien riche celle que tu aimes?
ZÉPHORIS, la pressant sur son cœur.
Oh! tu m'as deviné, tu m'as compris, toi.
PIFÉAR.
Je demande à comprendre aussi.
ZÉPHORIS.
Oui, je l'aime avec passion, avec délire, et je voudrais des trésors pour les lui donner si elle est
pauvre, ou pour m'élever jusqu'à elle si sa nais sance est illustre.
PIFÉAR.
Il aime et il ne connaît pas son objet! est-ce drôle ... Mais, j'y pense, serait-ce pour cette beauté
que tous les soirs, à la deuxième heure de la nuit, tu viens là, à cette place?
ZÉPHORIS.
Oui, je l'attends, depuis huit grands mois, mais c'est en vain.
ZÉLIDE.
Où l'as-tu donc vue pour la première fois?
ZÉPHORIS.
Dans ces flots ... où le courant l'entraînait.
PIFÉAR.
Ah! c'est là-dedans que tu as fait sa connaissance?
ZÉPHORIS.
C'était par un beau soir d'été, j'errais seul, dans ces parages. Tout à coup des cris de désespoir
frappent mon oreille, une jeune fille va périr: je m'élance à son secours du haut d'un rocher qui domine la mer,
bientôt la pauvre enfant est dans mes bras; longtemps je luttai contre le courant, qui m'entraînait à mon tour;
enfin, nous arrivâmes sur cette plage, et c'est sur ce sable même que je la déposai encore évanouie, les rayons de
la lune inondaient son visage de leur douce clarté. ... Oh! qu'elle était belle! mon Dieu! La voix de ses
compagnes qui accouraient vers nous vint m'arracher à mon extase. Honteux de mes regards, je détournai la tête et
je m'enfuis. J'avais sauvé sa vie, je voulus sauver aussi sa pudeur.
ZÉLIDE.
Et tu ne l'as jamais revue?
ZÉPHORIS.
Jamais! ... Est-elle une humble fille comme toi, ma sœur? est-elle née au sein des villes? je ne
sais.
ZÉLIDE.
Pauvre Zéphoris, hélas! où te conduira ton amour?
ZÉPHORIS.
Oh! cent fois j'ai voulu l'oublier; mais comment faire? Le jour, la nuit, son image est toujours là,
devant moi.
PIFÉAR.
On ferme les yeux, donc.
ZÉPHORIS.
Mais, à l'avenir, c'est fini! plus de rêves insensés! je veux regagner ce que mon amour égoïste t'a
fait perdre; et puisque tu as encore la faiblesse de l'aimer, lui, qui ose te marchander ...
PIFÉAR.
Mais non, je ne marchande pas.
ZÉPHORIS.
Dans deux mois, j'aurai retrouvé tout ce que notre père nous avait laissé, dans deux mois vous serez
unis.
ZÉLIDE.
Mon bon frère!
PIFÉAR.
Mon ... beau-frère!
ZÉPHORIS.
Allons, venez.
PIFÉAR.
Non, il est trop tard, je reste. J'attends ici ... quelqu'un ... une pratique à moi.
ZÉPHORIS.
A qui tu vends du poisson?
PIFÉAR.
Non, c'est un seigneur pour lequel je porte au loin des lettres ... que je soupçonne ... d'amour.
ZÉLIDE ET
ZÉPHORIS. Comment?
PIFÉAR.
Depuis huit jours j'en ai déjà porté trois comme ça ... il s'agit d'aller ... au large ... bien au delà
du banc de corail que ne dépassent jamais les pêcheurs. Là, une barque qui vient ... je ne sais d'où, accoste la
mienne ... celui qui la monte prend mon message et m'en donne un autre ... il emporte le mien, je rapporte le sien
... et on me donne deux pièces d'or pour ça ... Il n'y a que les secrets d'amour qui se payent aussi cher.
ZÉPHORIS.
D'amour ... ou de trahison ... qui sait? ...
PIFÉAR.
De trahison!
ZÉPHORIS.
Je me méfie de cette générosité, de cette barque venue on ne sait d'où ... Enfin, c'est ton affaire.
PIFÉAR.
J'aperçois mon homme ... au revoir.
ZÉPHORIS ET
ZÉLIDE. Au revoir.
PIFÉAR.
Une trahison ... allons donc! c'est impossible. A Kadoor qui entre. Seigneur.
KADOOR.
Tu es exact ... c'est bien ... mais sache aussi être muet.
PIFÉAR.
Je le serai, seigneur ... comme un poisson.
KADOOR.
D'ailleurs ... sur un mot, je te ferais trancher la tête.
PIFÉAR, tremblant.
Tran ... tran ... trancher la tête ... A part. Ah! Zéphoris disait vrai ... ça
sent la trahison.
KADOOR.
Si tu me sers avec discrétion ... je paye généreusement. Ce message sera le dernier, et celui-là, je le
paye trois pièces d'or.
PIFÉAR.
Trois pièces d'or! Zéphoris se trompait, c'est un amoureux.
KADOOR.
Tiens! tu partiras demain, avec tous les pêcheurs, pour ne pas éveiller les soupçons.
PIFÉAR.
Et demain, la belle aura votre lettre ... car, c'est pour une belle.
KADOOR.
Tu as deviné ... mais pas un mot.
PIFÉAR.
Pas un mot! ...
KADOOR, seul.
Tout va bien! Ce pêcheur est un imbécile; il ne peut soupçonner de quelle haute mission je
viens de le charger; à merveille! Endors-toi dans ta mollesse, insolent monarque, ton ennemi veille ... Mais,
quelles sont ces clameurs. Il remonte. C'est lui! c'est le roi et notre belle cousine; me soupçonnerait-on?
tenons-nous à l'écart et assurons-nous en.
CHOEUR.
Gloire à Brahma qui te protége,
Brillant cortége,
D'un ciel si pur!
Au Roi du jour c'est lui qui donne
Cette couroune
D'or et d'azur.
LE ROI.
Arrêtons-nous sous ces épais ombrages,
Et respirons, en liberté,
L'air pur de ces rivages.
NÉMEA.
Ah! de ces bords heureux j'admire la beauté,
Que la nature est grande en ses ouvrages!
Quels sites! quels tableaux et quelle majesté!
LE ROI.
Oui, quelle majesté!
La mienne, en vérité,
Est bien peu de chose à côté.
Qu'en dites-vous, belle cousine?
NÉMEA.
O roi! Votre essence est divine.
Vous avez trop d'humilité.
LE ROI.
Vous vous trompez, ma belle amie;
Du tendre oiseau la mélodie,
Le sable d'or, l'herbe fleurie,
Les hauts palmiers, les verts îlots
Et les flots,
Les blanches fleurs à peine écloses,
Magnolias, jasmins et roses,
Ces sublimes ou douces choses,
C'est pour les belles que Brahma
Les créa.
LE ROI, à Kadoor qui reparaît.
Eh! c'est notre beau cousin; je m'étonnais de ne point vous voir parmi
les seigneurs de ma cour; mais la présence de Némea m'a bien vite rassuré, et je lui disais, il y a quelques
instants: – Princesse, puisque vous êtes avec moi, nous ne tarderons pas à voir le prince Kadoor.
KADOOR.
Les fleurs attirent les abeilles.
NÉMEA.
Et les frelons.
LE ROI.
Soyez donc plus aimable pour ce pauvre Kadoor.
KADOOR.
Votre Majesté est bien bonne de me témoigner une si généreuse pitié.
LE ROI.
J'ai mes raisons, cousin.
KADOOR.
Et puis-je les connaître?
LE ROI.
Cette couronne que nous partons, vous pouviez en hériter aussi bien que nous-même, et puisqu'elle nous
est échue, nous voulons, pour vous consoler, vous donner le plus beau joyau du royaume.
NÉMEA.
C'est-à-dire que je payerai les frais de la guerre.
LE ROI.
La guerre!
KADOOR.
La guerre! entre Sa Majesté et moi. Oh! décidément, princesse, vous ne m'aimez pas, et peut-être
ferais-je mieux de renoncer á nos projets d'alliance.
LE ROI.
Y renoncer? mais répondez donc, Némea.
NÉMEA.
Je crois que le seigneur Kadoor a raison.
LE ROI.
Comment?
KADOOR.
Daignez vous expliquer.
NÉMEA.
Eh bien, seigneur Kadoor, l'hommage de votre cœur et de votre main m'honore au plus haut degré; mais
cela me gêne ... un peu, et cela me désoblige ... beaucoup.
KADOOR.
Que vous voulez-vous dire?
NÉMEA.
Tenez, je vais vous parler franchement. Prince Kadoor ... mon cœur ne m'appartient pas.
LE ROI.
Vous aimez quelqu'un?
KADOOR.
Et cet homme ... c'est? ...
NÉMEA.
Je ne le connais pas.
KADOOR.
Mais, princesse ...
NÉMEA.
Écoutez ... c'est toute une histoire: Il y a quelques mois, j'eus la fantaisie d'aller me baigner sur
une plage éloignée; l'endroit était désert; au loin, seulement, passait une barque élégante, montée par de jeunes
seigneurs, car l'écho repétait leurs chants, et ces chants étaient ceux de la cour. Tout à coup, un courant
inconnu m'entraîne au large, je veux lutter, je crie, j'appelle ... et je disparais enfin sous les flots ... Quand
je revins à moi, j'étais étendue sur le sable, et lorsque je demandai à mes femmes qui m'entouraient, quel était
mon sauveur: Nul n'était sur la grève, me répondirent-elles; votre sauveur est un envoyé du ciel, qui a disparu à
notre approche.
LE ROI.
Kadoor, est-ce que vous croyez à cette intervention de Brahma?
KADOOR.
Moi, Majesté?
NÉMEA.
Oh! je suis trop peu de chose pour que le ciel m'ait envoyé un de ses anges. Mon sauveur n'est pas tombé
du ciel, il s'est élancé de cette barque montée par de jeunes seigneurs, il m'a disputée au courant qui menaçait
de l'engloutir avec moi, et c'est au péril de sa vie qu'il a sauvé la mienne.
KADOOR.
Tout ceci ne me dit pas ce que l'offre de ma main ...
NÉMEA.
A de gênant pour moi? Vous ne comprenez pas qu'en affichant partout vos prétentions à mon cœur, en
publiant hautement notre prochain mariage, vous l'empêchez de se faire connaître, lui!
LE ROI.
C'est vrai, vous l'effarouchez, lui!
KADOOR.
Si c'est là le seul obstacle, j'ose vous prédire, princesse, que celui qui garde le silence par
discrétion avant notre mariage, se taira par respect quand vous m'appartiendrez.
NÉMEA.
Soit! il ne se fera pas connaître ... vous me répondez de lui; mais si je le découvre, je ne vous
réponds pas de moi, du tout.
LE ROI.
Comment, Nemea ...
NÉMEA.
Écoutez donc, un jeune seigneur qui vous sauve, et qui ne demande rien . .... cela mérite beaucoup. A
Kadoor. Réfléchissez-y, seigneur, réfléchissez-y ... longtemps.
LE ROI, bas.
Mon cher Kadoor, à votre place, je crois que j'y réfléchirais ... toujours.
KADOOR.
Ainsi, princesse, votre dernier mot?
NÉMEA.
Mon dernier mot, le voilà: Si celui qui m'a sauvée se présente à moi, s'il me redit ces paroles suprêmes
que m'arrachait le désespoir quand j'allais mourir; si ce seigneur est de haute naissance; et si Sa Majesté daigne
le permettre, je lui donnerai mon cœur et ma main.
LE ROI, avec une feinte sévérité.
Et si je le défends, princesse?
NÉMEA.
Alors, Majesté, je reprendrai ... ma main.
LE ROI, riant.
Je comprends!
NÉMEA.
N'est-ce pas une barque de la maison royale, que j'aperçois au loin?
LE ROI.
Oui, princesse.
NÉMEA.
La mer est bien calme aujourd'hui.
LE ROI.
Vous plairait-il de monter dans cette embarcation?
NÉMEA.
Elle est très-éloignée du rivage.
LE ROI.
Qu'à cela ne tienne. Holà! esclave ... appelle ces pêcheurs que e vois là-bas sur la grève.
NÉMEA.
Si Votre Majesté le désire, en attendant l'arrivée de la barque royale, nous continuerons notre
promenade sur ces bords.
LE ROI.
Soit! nous accompagnez-vous, Kadoor?
KADOOR.
Non, Majesté, j'ai ... quelques ordres à donner; je ferai, en même temps, prévenir les rameurs royaux.
LE ROI.
Votre main, Néméa.
ZÉPHORIS.
Grand Dieu! c'est elle! c'est bien elle!
KADOOR.
Qu'a donc cet homme?
PIFÉAR.
Qui, elle? celle que tu as sauvée?
KADOOR.
Que dit-il?
ZÉPHORIS, remontant la scène pour suivre Némea des yeux.
Oh! ce n'est pas une illusion ...
KADOOR.
Eh quoi! ce serait là ... A Piféar. Pêcheur, monte dans ta barque, et de la part du roi, fais aborder ici le canot que tu vois au large.
PIFÉAR.
Le roi? le roi m'envoie en commission, oh! ma fortune est faite.
ZÉPHORIS.
Seigneur ... par grâce, daignez me dire ... quelle est cette jeune femme si richement vêtue qui vient de s'éloigner?
KADOOR, l'observant.
C'est? ... la princesse ... Némea.
ZÉPHORIS.
Une princesse!
KADOOR.
Pourquoi cette question?
ZÉPHORIS.
Pardon, seigneur; mais vous ne pouvez pas savoir ... vous ne pouvez pas comprendre ...
KADOOR, le retenant.
Tu te trompes, je comprends ton émotion, et je sais que tu as sauvé la princesse qui allait mourir.
ZÉPHORIS.
Qui vous a dit? ...
KADOOR.
Elle-même.
ZÉPHORIS.
Elle!
KADOOR.
Qui m'a chargé de rechercher son sauveur.
ZÉPHORIS.
Se peut-il? ... Elle se souvient encore? ... elle! ... me chercher ... pourquoi? dans quel but?
KADOOR.
Oublie-t-on si vite un généreux dévouement? Mais, d'abord, c'est toi, c'est bien toi qui l'as sauvée?
ZÉPHORIS.
Oui, seigneur.
KADOOR.
C'était? ...
ZÉPHORIS.
C'était un soir.
KADOOR.
Il y a de cela? ...
ZÉPHORIS.
Il y aura demain juste huit mois.
KADOOR, à part.
Demain? Haut. Et tu te jetas à la mer? ...
ZÉPHORIS.
Du haut de ce rocher que vous voyez là- bas.
KADOOR.
Et ... lorsque tu l'eus arrachée à la mort ... tu la portas? ...
ZÉPHORIS.
Ici même, seigneur.
KADOOR, à part.
Ici!
ZÉPHORIS.
Voilà le sable qui lui servit de couche.
KADOOR, à part.
Bien! Haut. Enfin, tu te souviens, n'est-ce pas, de ces paroles qu'elle disait avec désespoir dans cette lutte suprême où elle croyait succomber?
ZÉPHORIS.
Ces paroles prononcées par elle et entendues de moi seul ... Oui, seigneur, je m'en souviens! Ma mère ... ma mère chérie, s'écriait-elle, du haut des cieux, protége-moi!
KADOOR, à part.
A merveille! Haut. Oui, c'est toi, c'est bien toi! et je puis te témoigner toute la reconnaissance de Némea . ... et je puis te dire ce qu'elle attend de ton respect, ce qu'elle espère de ton dévouement.
ZÉPHORIS.
Parlez, seigneur, que veut-elle? Chacun de ses désirs sera pour moi comme un ordre de Dieu même; que veut-elle?
KADOOR.
Que tu promettes de ne jamais révéler à personne que c'est la princesse Némea que tu as sauvée.
ZÉPHORIS.
Oh! ce secret restera entre nous trois!
KADOOR.
Que tu promettes de ne jamais chercher à te rapprocher d'elle ...
ZÉPHORIS, avec douleur.
Eh quoi! ...
KADOOR.
Que tu jures, enfin, de ne jamais lui rappeler qu'un misérable pêcheur l'a tenue un instant dans ses bras ...
ZÉPHORIS, à part. Oh! mon rêve,
mon beau rêve! Tout est fini pour moi.
KADOOR.
Consens-tu à me faire ce serment?
ZÉPHORIS, à part.
Elle est princesse! un abime nous sépare!
KADOOR.
Eh bien?
ZÉPHORIS.
Dites-lui, seigneur, que la princesse Némea n'a rien à redouter du pauvre Zéphoris . .... recevez ici mon serment solennel! Je vous jure, seigneur, de me taire pour tous ...
KADOOR.
Et pour elle-même?
ZÉPHORIS, avec effort.
Et pour elle-même, je le jure par Brahma qui m'entend.
KADOOR.
C'est bien. Lui tendant une bourse. Je lui porterai ton serment, et j'ajouterai que tu as reçu ta récompense.
ZÉPHORIS.
Oui, seigneur, j'ai reçu une récompense et mille fois plus précieuse que celle-ci, que je refuse.
KADOOR.
Comment?
ZÉPHORIS.
Cette femme si noble, si fière et si belle, moi, pauvre pêcheur, je l'ai tenue dans mes bras; ce cœur si hautain, il a battu contre mon cœur, ces longs cheveux noirs ont enveloppé ensemble et sa tête et la mienne, et quand je l'eus arrachée à la mort, mes lèvres ont osé presser son front. Dites- lui cela, seigneur, elle comprendra que je suis bien payé, et que je n'ai pas besoin de votre or ...
KADOOR, seul.
Oser me braver ainsi! ... oh! malheur à lui! ... il se taira du moins ... il l'a juré ... Némea m'appartiendra ... et si, pour me rassurer tout à fait, ce n'est pas assez du serment de cet homme ... eh bien! ... il partira.
KADOOR.
Le roi et la princesse ... à notre rôle.
LE ROI.
Encore ici.
KADOOR.
Majesté ... pardonnez ... je ...
NÉMEA.
Dans quelles graves réflexions étiez-vous donc plongé?
KADOOR.
Je songeais, princesse, à tout ce que vous m'avez dit il y a quelques instants.
NÉMEA.
Et vous pensez? ...
KADOOR.
Je pense que celui qui vous a sauvée serait bien fou de garder plus longtemps le silence ...
NÉMEA.
Vous le connaissez donc?
KADOOR.
Je le connais.
LE ROI.
En vérité?
NÉMEA.
Oh! nommez-le-moi, nommez-le-moi, je vous en conjure?
KADOOR.
Vous vous sentez donc toujours près de l'aimer?
NÉMEA.
Je l'avoue, seigneur.
KADOOR.
Eh bien! ... celui qui fut assez heureux pour exposer ses jours en sauvant les vôtres, celui qui n'aurait voulu vous devoir qu'à l'amour et non à la reconnaissance ...
NÉMEA ET LE ROI.
C'est?
NÉMEA ET LE ROI.
C'est?
KADOOR.
C'est moi!
NÉMEA.
O surprise inouïe!
O coup inattendu!
S'il m'a sauvé la vie,
Mon bonheur est perdu!
LE ROI.
O surprise inouïe!
L'ai-je bien entendu?
Il lui sauva la vie,
Je reste confondu.
KADOOR.
Un seul mot l'a guérie
D'un amour prétendu,
A sa coquetterie
Le tour était bien dû.
NÉMEA, à Kadoor.
Afin qu'en moi nul doute ne demeure,
De vous je veux savoir l'endroit, le jour et l'heure
Où vous avez sauvé mes jours.
KADOOR.
Vraiment cela
M'est bien aisé, car cet endroit est là,
Non loin du rocher solitaire
Qui prête à l'onde son mystère.
NÉMEA.
C'est vrai.
LE ROI, à Némea.
C'est vrai?
KADOOR, avec force.
C'est vrai! puis voici le rivage
Où par le courant maîtrisé,
Sur le sable je vous posai.
NÉMEA.
C'est vrai!
LE ROI, à Némea.
C'est vrai?
KADOOR, avec force.
C'est vrai: pour dernier témoignage,
Quand je me jetai dans les flots,
Parmi vos cris je distinguai ces mots:
»Ma mère, ô ma mère chérie!
Du haut des cieux, sois mon appui.«
NÉMEA.
C'est lui!
KADOOR.
C'est moi.
LE ROI.
C'est lui!
KADOOR.
Oui, la voilà guérie, etc.
NÉMEA ET LE ROI.
O surprise inouïe, etc.
LE ROI.
Et maintenant, belle cousine,
Vous devez l'aimer, j'imagine?
NÉMEA, après un silence.
J'interroge mon cœur.
KADOOR.
Eh bien?
LE ROI.
Eh bien?
NÉMEA.
Eh bien
Il ne me répond rien.
KADOOR.
Comment! rien?
NÉMEA.
Rien.
KADOOR.
Rien?
LE ROI, à Kadoor en riant.
Rien!
NÉMEA, à Kadoor.
Mais prenez patience;
Mon cœur doit m'avoir entendu:
Avant deux minutes, je pense
Qu'il m'aura répondu.
LE ROI ET NÉMEA.
Ah! ah! ah! etc., etc.
Dès qu'il aura parlé, prince, on vous le dira.
KADOOR, riant ironiquement.
Ah! ah! ah! etc.
Implacables railleurs! ma revanche viendra.
NÉMEA.
Oui, sans doute, je le disais ...
Mais ...
LE ROI.
Mais?
KADOOR.
Mais?
NÉMEA.
Mais ...
Je ne le croyais pas si près.
LE ROI ET NÉMEA.
Ah! ah! ah! etc.
Qui pouvait, beau cousin, se douter de cela!
KADOOR.
Ah! ah! ah! etc.
Implacables railleurs, ma revanche viendra!
LE ROI, à Némea.
Les deux minutes sont passées,
De vos plus intimes pensées
Vous ne pouvez plus rien celer.
Allons, princesse, il faut parler.
NÉMEA, à Kadoor qui semble l'interroger.
Puisque je ne dois plus vous taire mes pensées,
Puisque vous êtes mon sauveur,
Et puisqu'enfin, noble seigneur,
Les deux minutes sont passées:
Voici ma main ...
KADOOR.
O bonheur! ô bonheur!
NÉMEA.
Je vous donne ma main ... mais je garde mon cœur.
KADOOR.
Et pour qui donc?
NÉMEA.
Mais ... pour moi-même.
LE ROI, à Kadoor.
Le temps est un maître suprême!
Prince, prenez la main en attendant le cœur.
LE ROI.
Enfin, il la tient,
Cette main chérie;
Némea devient
Son bien et sa vie.
A ses feux jaloux,
Plus de résistance!
Il a l'assurance
D'être son époux.
KADOOR.
Enfin, je la tiens,
Cette main chérie;
C'est de tous les biens
Celui que j'envie.
A mes feux jaloux
Plus de résistance!
J'obtiens l'assurance
D'être son époux.
NÉMEA.
Ah! je vous préviens
Que je me marie,
Sans que ces liens
Comblent mon envie.
S'il faut aux époux
Un amour immense,
Je n'aurai, je pense,
Qu'amitié pour vous.
KADOOR.
Je l'épouse, car dans mon cœur,
Je n'ai point peur
Que sa froideur
Soit le signal de sa rigueur.
NÉMEA.
Je l'épouse, lui, mon sauveur!
Mais j'ai bien peur
Que de mon cœur
Jamais il ne soit le vainqueur.
LE ROI.
Elle épouse enfin son sauveur:
Mais j'ai bien peur
Que de son cœur
L'époux ne soit jamais vainqueur.
LE ROI, remontant.
La barque royale est prête.
KADOOR, s'inclinant.
A bientôt, ma noble fiancée.
NÉMEA, soupirant.
Sa fiancée! Je l'ai promis. A bientôt, seigneur.
KADOOR, sans voir Zéphoris.
J'ai réussi! Némea ne découvrira jamais la ruse que j'ai employée. Ce pêcheur ...
KADOOR.
C'est lui ... Que fait-il donc?
ZÉPHORIS, sans voir Kadoor.
Pourquoi n'es-tu pas née obscure? Pourquoi ne suis-je qu'un pauvre pêcheur?
KADOOR.
Qu'entends-je?
ZÉPHORIS, se retournant.
Seigneur ...
KADOOR.
Tu as promis de te taire.
ZÉPHORIS.
Je tiendrai mon serment.
KADOOR.
Ton serment ne me suffit plus.
ZÉPHORIS.
Que voulez-vous dire?
KADOOR.
Écoute: je suis le prince Kadoor, issu du sang royal, et presque roi moi-même. Zéphoris s'incline. Némea est ma fiancée; demain elle sera ma femme.
ZÉPHORIS.
Votre femme!
KADOOR.
Tu as refusé l'or que je t'offrais ...
ZÉPHORIS.
Mon travail suffira aux besoins de ma sœur.
KADOOR.
Ta sœur sera à l'abri du besoin et tu partiras demain.
ZÉPHORIS.
Partir ... Quoi? vous voulez? ...
KADOOR.
Je t'ai dit ma volonté! Ta sœur me répondra de ton obéissance.
ZÉPHORIS.
Grand Dieu! ma sœur?
KADOOR.
Eh bien?
ZÉPHORIS.
Je partirai, seigneur.
KADOOR.
J'y compte! A part. Maintenant, je suis tranquille, la princesse est bien à moi.
ZÉPHORIS, seul.
Partir! ne plus la revoir! Et pourquoi la reverrais-je?
CHOEUR ET SCÈNE FINALE.
O barque légère et fidèle!
Tu ressembles à l'hirondelle
Qui rase les flots de son aile
Sans tracer dans l'onde un sillon.
Pour juger la noble chaloupe,
Point n'est besoin, devant sa coupe,
De voir à sa hautaine poupe
Flotter le royal pavillon
LE ROI, à sa suite.
Prenons le sentier des Bambous;
Nous abrègerons notre route,
NÉMEA, voyant Zéphoris dans l'obscurité.
O ciel!
LE ROI.
Qu'avez-vous donc? et pourquoi tremblez-vous?
NÉMEA.
Qui donc est là?
LE ROI.
C'est un pêcheur sans doute.
NÉMEA.
Et comment donc?
LE ROI.
Lisez ces mots qu'en s'endormant
Il a tracés. – Ah! c'est charmant
NÉMEA, lisant.
Si j'étais roi!
LE ROI.
Si j'étais roi!
ZÉPHORIS, rêvant.
Si j'étais roi!
LE ROI.
Que ferait-il, s'il était roi?
Ah! par ma foi!
Quelle plaisante idée il me vient à cette heure!
Holà! mon médecin!
LE ROI, á un officier, après lui avoir parlé à voix basse.
Vous m'entendez? allez!
LE ROI, au médecin qui accourt vers lui.
Profondément il dort?
C'est bien!
NÉMEA.
Que faites-vous?
LE ROI.
Je répare le tort.
Du ciel envers cet homme;
J'exauce son désir.
NÉMEA.
Eh! quoi?
LE ROI.
Il désire être roi,
Et le roi, pour un jour, lui donne son royaume.
Nous verrons ce qu'il en fera,
Et comment il s'en tirera.
NÉMEA.
L'histoire est unique, je croi.
LE ROI, riant.
Devant nous, Némea, laissons passer le roi.
LE ROI ET NÉMEA.
Pauvre pécheur, du trône avide,
Vers les grandeurs ton roi te guide;
Et c'est lui-même qui préside
A ton sommeil;
A ton réveil.